30 octobre 2006 : Halloween.
En Irlande, Halloween est un jour férié, un bank holiday. Cela signifie que l'on a généralement un week end prolongé.
Trois semaines avant, Marco me demanda si ça m'interessait d'aller visiter le comté de Donegal. J'ai bien évidemment répondu par l'affirmative. Il a donc fait tout ce qu'il fallait pour aller là
bas : reservation d'une voiture, d'un bed and breakfast, localisation du trajet à effectuer et des endroits à visiter.
Samedi soir, aéroport de Dublin, 20.00, dans le parking des voitures de location.
En compagnie de Marco, Elodie et Rossella, une italienne qui travaillait avec Marco, je m'avance vers la voiture.
"Ma che cazzo", qu'est ce que c'est que cette voiture? Il avait pourtant réservé une avensis? C'est quoi cette chevrolet modèle "saloon"? Le week end commençait pas trop bien...
Qu'importe, on prend la route : M50 puis direction Derry (Londonderry, comme disent les anglais) pour aller dans le Donegal, région situé au nord ouest de l'Irlande.
Ireland by night... c'est l'automne, la nuit est sombre, le paysage invisible...
Traversée de la République d'Irlande et de l'Irlande du Nord. Où est la frontière? Elle n'existe pas. Seul le réseau de mon portable m'indiquait si nous étions en République d'Irlande ou en
Irlande du Nord. C'était également le seul repère pour savoir si nous étions à 100 km ou 100 miles de Derry...
Traversée de Omagh, si tranquille pourtant, mais meurtrie 8 ans plus tôt par un attentat sanglant.
Arrivée vers Derry, Irlande du Nord, 23.00
J'ai eu le privilège d'être ce jour là le copilote de Marco, mais un détail me chagrinait : ma carte routière indiquait "Derry" mais les panneaux de signalisation indiquaient "Londonderry"...
A quelques kilomètres de la ville en question, je compris que ces deux localités n'étaient qu'une seule ville.
En effet, sur les panneaux de signalisation routiers, une croix vengeresse faite au marqueur indélibile masquait le mot "London" et laissait juste apparaître le mot "Derry"... Image oppressante,
qui rappelle que le bloody sunday reste aussi une trace indélibile dans l'esprit des gens. Malgré les efforts incroyable de l'IRA et de la Grande Bretagne pour mettre fin à cette guerre
de religion, cette guerre sociale qui a marqué la région pendant des siècles, les tensions sont toujours présente.
28 octobre 2006 : les troupes anglaises sont toujours présente en Irlande du Nord...
0.00 : Arrivée dans une petite ville dont le nom m'échappe, près de Letterkenny. Nous sommes accueillis par les propriétaires, je rentre dans mon premier bed and breakfast.
Nous choisissons avec Marco la chambre du haut, les filles ont pris la chambre du bas.
Notre chambre avait deux lits, une salle de bain avec wc, une télé. Rien de luxueux mais confortable tout de même.
Fatigués, la chambre glaciale, nous nous demandons si l'on devait avancer notre montre ou la reculer d'une heure. "One hour more or one hour less?" me demandait Marco.
C'est sur cette question que nous nous sommes endormis.
Lendemain matin, 7.00.
Toujours aussi froide, la chambre. Je crois que le radiateur ne savait pas non plus si il fallait avancer ou reculer d'une heure.
Réveil, puis douche, nous rejoignons les filles en bas. Rossella s'étant lavés les cheveux, elle demanda au propriétaire un "hair dresser", au lieu d'un "hair dryer"...
Petit déjeuner dans le salon : décoration 100% maison : photos de famille, vases en porcelaine, veille armoire; ambiance très "british" je dois dire...
Pour le petit déjeuner : surprise : thé ou café, toasts, beurre, marmelade : rien de spécial... mais il est suivi d'un traditional irish breakfast : oeufs, bacon, tomate, saucisse, pudding...
un vrai plat pour démarrer la journée!
Départ du BNB, direction Fanad, une péninsule du Nord de l'Irlande, située en République d'Irlande.
Le temps est nuageux et le soleil tarde à se lever.
10.00 : le soleil commence à briller et chasse ainsi les nuages. Arrêt sur le bord de route, premières photos de marécages, illuminés par un soleil d'automne.
Reprise de la route, direction Fanad head et son phare. Le bout du monde pour moi. Petite route de campagne, personne à des kilomètres. Les seules personnes rencontrées près du phare n'étaient
pas très avenantes, leur physique était très... surprenant....
Arrivée à Fanad head, phare le plus au nord de l'Irlande.
Calme total, juste une voiture garée sur le parking.
Le soleil est avec nous : nous admirons ce phare blanc en bord de falaise, illuminé par un soleil doux qui donne des reflets indescriptibles à l'herbe et aux rochers, matières premières de ce
paysage somptueux.
Redescente vers la terre, route longeant des lacs piscicoles, traversée de ponts qui donne une vue imprenable sur les baies...
Le Donegal se présente alors comme une terre sauvage, endroit le plus sauvage de l'Irlande pour moi, avec ses côtes battues par la mer; ses criques où arrivent les bateaux de pêche; ses fières
croix celtiques fesant front aux lacs; ses falaises ou l'on se sent seul au monde : pas un bruit, rien, personne, le calme...
18.00 : la nuit est déjà tombée, nous arrivons dans la ville de Bunbeg.
L'automne est bien là, les températures ont chutées depuis mon arrivée, en septembre.
Nous arrivons dans un guest house, c'est à dire une maison plus grande qu'un BNB.
Magie de ce pays, cette maison était immense et les propriétaires chaleureux. Après avoir découvert notre chambre, une pièce de 25m² avec trois lits confortables pour deux personnes, nous
nous dirigeons vers le salon de thé d'une grande beauté et d'un grande propreté.
Etaient assis sur les fauteuils trois hommes et une femme.
La conversation s'engage, mais difficilement. L'accent de l'homme le plus âgé, un costaud aux yeux bleus ciels, ainsi que de se femme m'ont laissé pensé à des touristes des pays de l'est. Or il
n'en était rien, ce n'étaient que de écossais en vacances dans le Donegal. Quel accent mes amis!
Cet homme semblait être sorti d'un roman. Cheveux gris, yeux très clairs, voix très grave qui n'hésite pas à rouler les "r", il était surprenant par son amour pour les alcools. J'avais en
face de moi un vrai écossais. Bouteille de scotch 75cl à ses pieds, petite bouteille de whisky dans la poche de sa chemise, juste contre son coeur, et canettes de bière sur la table dont la
moitié était vide... "je suis bien, là", nous disait-il.
Ces gens étaient passionnés d'histoire. Nous parlions de l'Italie, de la France, de l'Ecosse, de l'Irlande.
Un peu plus tard, la faim nous appella, et nous demandions à la propriétaire de nous indiquer un endroit ou l'on pourrait manger. Elle décrocha son téléphone, et dans une langue venue d'une
autre planète, elle interrogea le pub de la ville d'à côté pour savoir si l'on pouvait aller se restaurer. Ce fut mon premier contact avec l'Irlandais, car je me trouvait dans l'Irlande
profonde, ou les gens utilisent quotidiennement le gaélique pour dialoguer : c'est la région du gaelteacht, très marquée par la lutte contre les anglais qui se manifeste par une
fierté irlandaise.
Arrivée dans le pub, la commande est prise. Bientôt 21.00, le concert va commencer. Hommes, femmes, enfants, personnes agées sont toutes réunies en famille; elles boivent, mangent dans un
atmosphère détendue mais animée.
Au menu : poisson pour moi, pas mauvais.
A la fin du repas, Rossella commença à jouer avec son piercing sur la langue, qu'elle faisait bouger entre ses lèvres...
Aux côtés de Marco, il y avait une famille en vacances, venue d'Irlande du Nord. La mère de famille avait vécu dans la région d'origine de Marco, la discution s'engage.
Puis vient une question très délicate de Marco : "Etes vous catholique ou protestante?" La femme ne savait plus quoi dire, elle était très génée : il y a des choses dont on ne parle pas
quand on est en Irlande du Nord. Du coup, elle lui répond "je suis pour la Reine, et vous, vous êtes pour qui?" "Moi je suis juste italien", répondit Marco...
Sortis du pub, nous revenons à Bunbeg, dans un pub bondé. Où étaient passés les gens? Nous en avions la réponse. Une bière à la main, nous commençions à plaisanter sur le piercing
de Rossella. Seuls touristes dans le pub, nous n'avions autour de nous que des irlandais, buvant, dans une ambiance familliale et bon enfant.
Elodie, montée sur ressort comme d'habitude, donna un léger coup de coude à un homme assis derrière elle.
"Et si je te réponds en français, tu dis quoi?" lui lança-t-il. Pas possible. 29 octobre 2006, 0.00 dans un pub situé dans une ville de 500 habitants, perdue dans le Donegal : un
français.
Agé de 35 ans environ, il a commencé à travailler à Dublin chez Hertz. Venu un peu par hasard, il y rencontra une femme de Bunbeg avec laquelle il se maria. Il vit maintenant en
Irlande, travaillant comme plombier à Dublin. Histoire peu commune, mais très interessante. Comme quoi, on ne sais jamais ce qui peut arriver dans la vie...
Le lendemain matin, réveil dans notre suite, bien trop grande pour nous deux.
Coup d'oeil à la fenêtre : on devrait voir la mer, mais tout est blanc... La brume nous masque le paysage...
Arrivée dans le salon de guesthouse : ce n'est pas un salon mais un restaurant ! Combien de tables !
Assis au fond, près de la fenêtre, nous commandons le petit déjeuner. Full irish breakfast bien entendu...
En attendant le petit déjeuner, je me lève et regarde les murs de la pièce. Pas un centimètre carré laissé au murs, qui croulent sous le poids des divers cadres, photos et objets accrochés à
lui.
Nous sommes bien dans le Donegal : pas un objet n'oublie de commémorer l'indépendance de l'Irlande... Ici, la déclaration d'indépendance, là, des peintures commémorant la révolte de 1798... C'est
là que j'appris qu'un général français du nom d'Humbert vint en Irlande en 1798, porté par les idées de la Révolution française, pour libérer le peuple irlandais de la domination anglaise. Il est
placé au panthéon des personnages historiques irlandais... Quelle fierté pour moi !
Notre Irish breakfast servit, les écossais arrivent pour prendre le leur. A-t-il toujours sa bouteille de whisky? Non, pas ce matin...
Devant ce musée, il ne peut s'empêcher de parler d'histoire. Passionnant. Il nous parle de l'indépendance de l'Irlande, et fait un parallèle avec l'Histoire de France et d'Ecosse... Un petit
déjeuner instructif ce jour là !
En route pour Donegal.
Route toujours aussi désertes, paysages toujours aussi sublimes, teintés de plantes oranges pâles, de tourbe noire, d'herbe verte.
Cette fois, le soleil n'est plus de la partie, mais peu importe, sans pluie, l'Irlande n'existerait pas...
Descente sur Dunglow, puis Crannogeboy, où se trouve une baie qui subit les marée. A marée basse, l'eau découvre le sable blanc... Loin d'être la polynésie, le spectacle reste magnifique.
Roulant sur les petites routes, nous arrivons dans un hameau, comme il en existe beaucoup là bas.
Voiture à l'arrêt devant une maison, un vent glacial vient s'abbattre sur nous.
Essayant de descendre vers le bord de l'eau, un homme ouvre sa porte et vient nous parler. C'est vrai qu'il ne doit pas voir beaucoup de monde pendant cette période. on discute un petit peu, il
nous explique les marées, le sable, etc...
Nous décidions ensuite de continuer sur la petite route. De part et d'autre, des champs et des vaches. Il commence à pleuvoir. En face de nous, l'atlantique.
Elodie et Rossella décidèrent de rester dans la voiture.
Marco et moi même décidions d'enjamber la barrière pour aller voir les vaches. Marco tenta de les photographier, mais elles étaient craintives. Je le revois encore courir dans le champs trempé
par la pluie après les vaches, essayant de prendre un photo, avec en fond un cascade qui coulait dans l'eau bleu-violette-verte qui s'arrêtait au pied de l'herbe elle aussi verte
fluorescente qui était bordée par une lisière de sable blanc...
Magnifique...
Continuant la descente, nous arrivons aux Slieve League, les falaises les plus hautes d'europe.
Le temps était désormais contre nous. Petite route sinueuse sur les flancs de la montagne, visibilité de 5m tout au plus, du au brouillard, nous sommes toutefois arrivés au sommet. Personne. Sauf
le vent et la pluie. De cet endroit je n'en garderait qu'une photo blanchie par le brouillard... Impossible de rester dehors : trop froid, trop de vent, trop de pluie... C'est aussi ça
l'Irlande...
Nous decidions alors de retourner sur Donegal, la ville, en passant par Killybegs, premier port de pêche en Irlande.
Arrivés à Donegal, nous voulions visiter le chateau, mais cela n'en valait pas la peine car vraiment trop petit.
Nous nous réfugiâmes dans un bar-restaurant, le temps de se décider de repartir sur Dublin.
Une fois de plus, traversée de l'Irlande la nuit. Le retour fut très calme, peu de circulation.
Moins calme ont été les jours suivant : habitué au climat méditérranéen, je me suis enrhumé : résultat : fièvre, médicament pendant 1 semaine.
Toutefois, rien ne peut m'arrêter en Irlande : une semaine après, j'étais dans un bus direction Belfast et la chaussée des géants...
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